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On a tous dans notre quartier, notre rue, un SDF qui tend la main jour après jour et devant lequel on passe en essayant d'être indifférent. Parce qu'on a donné une fois et qu'ensuite on se dit "ça va, il n'a qu'à se laver et bosser".
Ma mère donnait toujours. Elle disait : "Cet homme sale, repoussant, a été un jour un bébé chéri par sa mère, un petit garçon propre gentil et souriant qui recevait des cadeaux et des bisous... On ne sait jamais ce qui peut nous arriver dans la vie".
Les médias, en ces temps pré-électoraux, font leurs choux gras de la pauvreté.
Les politiques devraient y réfléchir. Mais y réfléchir vraiment. Il faudrait sans doute pour cela qu'ils arpentent les quartiers autrement qu'avec escorte de journalistes et de gardes du corps. Ils faudraient peut être les obliger à vivre plusieurs mois dans un quartier défavorisé avec en tout et pour tout 700 euros dans leur poche. Parce que la souffrance ne peut être reconnue que lorsqu'elle a été vécue, ou partagée.
J'entendais ce matin un analyste dire que pour mettre fin à la pauvreté il fallait mettre fin au chomage... C'est oublier que le travail doit permettre de vivre décemment et que les salaires proposés ne le permettent plus. Du moins dans les grandes villes. 1000 euros à Paris et 1000 euros à Paimpol ne permettent pas l'accès à un même niveau de vie. Il parlait aussi de formation. Bien sur, si les gens ne travaillent pas c'est un défaut de formation ! Merde alors, ces connards de pauvres ne vont pas dans les écoles de commerce et après ils se plaignent ! Sont irrécupérables !
Que dire des bacs +3 au chômage ? Que dire des gens qui ont 30 d'expérience professionnelle derrière eux ? Et que faire des immigrés irrémédiablement illettrés, sans compter les 8/10% de personnes qui restent au fil des ans et malgré une scolarité complète, sur le banc de touche de la lecture et de l'écriture ? Alors on fait du saupoudrage. Du saupoudrage qui coûte cher à l'état et qui n'améliore en rien le niveau de vie des pauvres, ne donne du travail à personne. Ceux qui tirent leur épingle de ce jeu sont les organismes de formation qui emploient d'ailleurs des formateurs souvent aproximatifs et toujours mal payés. Des organismes qui proposent d'apprendre le français en 200 heures, ou de devenir auxiliaire de vie en un an...
Ces formations n'apportent rien, elles concernent souvent des emplois sous qualitiés qui ne nécessitent pas une formation, et l'invocation à la formation laisse sur le carreau tous ceux qui pour une raison ou une autre n'y ont pas accès. D'autant que ceux qui peuvent intellectuellement accéder à une formation, n'ont aucune envie d'exercer des métiers dévalorisants socialement !
Ils parlaient hier soir d'une formation pour être concierge. Autrefois concierge, c'était un petit boulot pour quelqu'un d'un peu marginal mais consciencieux et honnête. Mal payés mais logés, les personnes accèdant autrefois à cette profession sont maintenant celles qui vivent leur vie entière au RSA...
Les exigences des employeurs en matière de formation ferment les portes de l'emploi à bien des gens qui pourtant pourraient travailler. L'entreprise veut quelqu'un d'opérationnel à la minute, on ne laisse plus aux gens les 2/3 mois d'adaption au poste qui sont forcément nécessaires. Non, les CDD et leurs périodes d'essai d'un mois ou moins, exigent que vous soyez efficace immédiatement. Il faut entrer dans un boulot comme dans une paire de chaussures, je mets mes pieds dedans et je pars en courant tout de suite, et même je gagne la course.
Une fois de plus, force est de constater que le retour à la considération du salarié comme être humain et non pas comme "outil de production" à la merci du capitaliste, oui seul le retour à l'humanisation de notre système économique permettra de remettre tout le monde au travail. Car du travail il y en a. Il faut juste que les actionnaires acceptent d'encaisser un peu moins.
Mais je reviendrais là-dessus.
Une maison petite avec des fleurs,
un peu de solitude, un ciel bleu, la chanson d'un oiseau qui sur le toit se pose, de l'ombre... Et quel besoin avons nous d'autre chose ??
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